LA LETTRE DU PASTEUR CHRISTIAN GREINER

Frères et sœurs en Christ, chers amis,

En raison de l’épidémie en cours, nous sommes obligés de rester chez nous en limitant nos sorties à des déplacements essentiels que nous devons justifier. Rappelons-nous, toujours à nouveau, que ces contraintes sont destinées à protéger nos vies et celles des autres. C’est un préalable essentiel pour mieux supporter ce bouleversement de nos existences.

Malgré tout, la situation demeure une épreuve pour chacun d’entre nous.
Or depuis les commencements, les chrétiens ont dû faire face aux tribulations de leurs temps, en commençant par les persécutions de l’empire romain dont témoignent les écrits des premiers apôtres.
Or, à travers les siècles, la Parole de Dieu a toujours été un soutien pendant les temps difficiles.

C’est pourquoi nous vous proposons (ci-dessous et sur pièce jointe en fichier Word) : une méditation biblique avec un psaume, une prière, deux passages de la Bible, un message, une intercession et le Notre Père.

Il est important de nous souvenir que nous ne sommes pas seuls.

Dieu le Père, notre créateur, continue à veiller sur nous.

Les paroles et l’exemple de la vie de Jésus, le fils, nous accompagnent au quotidien pour une foi et une espérance sans cesse renouvelées.

L’Esprit-Saint nous traverse de son souffle puissant.

Nos familles, nos amis, nos frères et sœurs chrétiens, celles et ceux que nous aimons, sont encore joignables la plupart du temps, même si nous ne pouvons pas toujours les approcher pour le moment.

Pour eux, pour elles, pour nous, soyons les témoins d’une force de
réconfort et de vie qui à la fois nous dépasse et nous soutien.

Christian Greiner,
Pasteur, président du consistoire et chanoine du Chapitre de St.-Thomas

MEDITATION BIBLIQUE DU 18 MARS 2020

  • Psaume 34, 16-23 antiphoné 

Le Seigneur garde les yeux sur les fidèles,
prêt à entendre leur appel.
Le Seigneur s’oppose à ceux qui font le mal,
afin d’éliminer leur nom du pays.
Dès que les fidèles appellent au secours,
le Seigneur entend et les délivre de toutes leurs angoisses.
Il est proche de ceux qui ont le cœur brisé,
il sauve ceux qui ont l’esprit abattu
Le fidèle endure de nombreux maux,
mais le Seigneur le délivre de tous,
Il veille sur tous les membres de son corps,
pour qu’on ne lui brise aucun os.
Le méchant mourra de sa méchanceté,
et ceux qui en veulent aux fidèles devront en subir la peine.
Le Seigneur sauve la vie de ses serviteurs;
il n’y a pas de condamnation pour ceux qui ont
recours à lui.

Prière 
Dieu saint et juste, ton fils a posé les jalons du chemin à suivre. Préserve- nous de tout égarement et, par ton Esprit, détermine l’orientation de notre vie, par Jésus-Christ, ton Fils unique, notre sauveur.

  • Première lecture biblique – Éphésiens 5, 1 – 8a :

Vous êtes les enfants que Dieu aime, eh bien, imitez-le. Vivez dans l’amour comme le Christ : il nous a aimés et il nous a donné sa vie pour nous, comme une offrande et un sacrifice agréable à Dieu. Vous appartenez à Dieu, donc, chez vous, on ne doit même pas entendre parler de certaines choses.
Par exemple, faire toutes sortes d’actions immorales et mauvaises, chercher à avoir tout pour soi. Pas de paroles grossières ni stupides ni sales, cela ne se fait pas ! Mais quand vous parlez, faites-le plutôt pour remercier Dieu.
Vous devez savoir ceci : ceux qui mènent une vie immorale ou mauvaise ne participeront pas au Royaume du Christ et de Dieu. Les gens qui veulent tout pour eux n’y participeront pas non plus. En effet, tout vouloir pour soi, c’est une façon d’adorer les faux dieux.
Personne ne doit vous tromper avec des paroles creuses. A cause de cela, la colère de Dieu vient sur les gens qui refusent de lui obéir. Ne faites donc pas comme eux ! Oui, avant, vous étiez dans la nuit, mais maintenant, en étant unis au Seigneur, vous êtes dans la lumière. Vivez comme des gens qui appartiennent à la lumière.

  • Deuxième lecture biblique – Luc 9, 57 – 62 :

En ce temps-là, en cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. » Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »
Il dit à un autre : « Suis-moi. » L’homme répondit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. » Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. »
Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison. » Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »
Chant : ALLELUÏA : 22/08, 1-3 (p. 264) Comme un souffle fragile

  • Prédication sur la base du texte de l’évangile selon Luc (9, 57 – 62)
    Par le Pasteur Christian Greiner

Ce message aurait dû être prononcé lors du culte du dimanche 15 mars dernier, après que soient interdits les rassemblements cultuels dans le cadre des mesures sanitaires pour lutter contre l’épidémie du coronavirus.
(Veuillez garder à l’esprit que ces lignes ont été écrites pour être dites, d’où leur style adapté au discours oral).

Frères et sœurs en Christ,
Par une sorte d’ironie du sort ces versets de l’Evangile selon Luc sont proposés à notre réflexion, justement ce dimanche, trois jours après l’intervention télévisée de la plus haute autorité de notre pays.
En effet, que nous demande-t-on, en raison de l’épidémie en cours ? « Limitez vos déplacements, si possible. Et même, restez chez vous autant que faire se peut, surtout si votre état ou votre âge vous expose particulièrement au virus ».
Ce matin nous avons malgré tout quitté notre domicile, car nous avons trouvé essentiel de nous retrouver dans ce lieu de prière…Comme nous avons peut-être trouvé important de nous déplacer pour élire le maire de notre cité.

Or depuis un certain temps déjà, nous remarquons que nos rues sont moins fréquentées, les restaurateurs se désespèrent de voir leurs clients déserter leurs établissements…Les concerts et les spectacles sont annulés les uns après les autres, y compris ici, à Saint-Thomas.
Dans cette église, la fréquentation touristique a été divisée par dix. Ceux d’entre nous qui se sont rendu à Mulhouse, ou même à Colmar, ont découverts des villes fantômes avec une circulation automobile et piétonne résiduelle.
Ensuite, il nous a été demandé de ne plus nous déplacer pour rendre visite aux plus anciens et aux plus faibles d’entre nous…Puis les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités ont été fermés.
Depuis, le gouvernement a pris, et prendra sans doute encore, des mesures de plus en plus radicales pour nous protéger. Nous allons inéluctablement vers un confinement général de la population.
Et voilà que l’évangile selon Luc nous propose ce matin des versets où Jésus invite ses auditeurs à la mobilité ! « Je te suivrai partout où tu iras », lui dit un homme. « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. », lui répond le Christ en faisant allusion à sa vie de prédicateur itinérant.
Une vie que Jésus demande à d’autres de partager avec lui toutes affaires cessantes, sans même dire au revoir.
Une existence qui leur fait parcourir les routes de son pays, allant à droite et à gauche, à la rencontre de toutes sortes de personnes… leur parlant, mangeant avec eux, les touchant, leur imposant les mains, prenant même un peu de leur salive, parfois, pour les guérir, les prenant dans ses bras.
Toutes sortes d’attitudes que nous devons aujourd’hui éviter pour nous protéger les uns les autres de la propagation de la maladie.
Mais il n’est évidemment pas question de lire ces versets de manière littérale, comme une invitation au nomadisme et à la rencontre tactile avec autrui, surtout au vu du contexte que nous venons de rappeler.
Pour l’heure, si nous devons nous déplacer, c’est plutôt intérieurement. Continuer à nous rencontrer, mais d’une autre manière. Quitter non pas nos maisons, mais nos habitudes.
Au centre-ville nous en avons déjà fait un peu l’expérience, malheureusement. Souvenez-vous du marché de Noël, il y a quelques années. Nous pouvions entrer et sortir de l’ellipse insulaire en toute liberté avec insouciance.
Avec la menace terroriste nous avons dû nous accoutumer aux barrages et aux fouilles incessantes. Aujourd’hui, une fois de plus, nous devons nous adapter à de nouvelles circonstances, encore plus dramatiques.
En tant que chrétiens de sensibilité protestante, nous sommes appelés à le faire de la manière la plus intelligente et positive possible. Car à la suite du Christ, et de l’espérance qu’il nous a donné en toute chose, notre foi nous portera afin que nous ne baissions pas les bras, pour que nous ne nous laissions aller à aucune morosité, que nous ne cédions à nul individualisme égoïste.
Mais, au contraire, faisons preuve de créativité en nous inspirant du Christ, qui savait insuffler de la vie et du bonheur autour de lui.
On nous conseille de ne plus voir nos ainés pour ne pas les mettre en danger ? Alors nous prendrons notre téléphone, pour leur parler peut-être encore plus qu’avant. Ou alors nous leur écrirons, donnant plus de profondeur à nos rencontres que des échanges de vive voix parfois trop rapides.
Nous sommes contraints de sortir beaucoup moins de chez nous ? Au lieu de nous lamenter dans les profondeurs de l’ennui, nous en profiterons pour faire tout ce que nous regrettions de ne pas pouvoir faire avant, car nous étions contraints par les multiples obligations du quotidien.
Nous pourrons, que sais-je…, lire, écouter de la musique, prier, méditer, explorer d’une manière ou d’une autre les profondeurs de notre vie intérieure…
Nous pourrons parler avec nos proches, approfondir un dialogue qui ne pouvait avoir lieu auparavant par manque de temps ou de motivation. Oui, chers amis, nous déplacer dans le sens du Christ, dans les temps qui viennent, cela signifie d’abord accepter pour le bien de tous, au lieu de nous en plaindre continuellement…pour ensuite découvrir le meilleur parti que nous pourrons en tirer. Pour aller de l’avant…
« Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. » dit Jésus. Alors ne regardons pas en arrière vers ce que nous avons perdu, mais devant nous, pour voir ce que nous avons à gagner malgré la situation dramatique, si tant est que nous ne tombons pas malades.
Et j’en viens à une deuxième attitude chrétienne dans la situation qui est la nôtre. La première attitude, disais-je, est de garder une certaine joie de vivre et d’espérance en tirant le meilleur parti de ce qui nous est imposé.
La deuxième attitude chrétienne consiste à ne pas nous recroqueviller sur nous-même, « incurvata in se », comme disait Martin Bucer. Pour conserver notre amour et notre attention aux autres, en particulier envers ceux qui sont malades. Il est bien sûr révolu, le temps où l’on jetait des pierres aux pestiférés en les traitant d’empoisonneur, souvent avant de devenir un pestiféré soi-même d’ailleurs. Le lieu séculaire qu’est notre église pourrait témoigner de telles abominations passées.
Mais il est une manière plus subtile de se détourner de celles et ceux qui sont atteints par la maladie, heureusement beaucoup moins nombreux que lors des épidémies anciennes.
Une manière de les ignorer, comme si le seul fait de penser à eux était en quelque sorte contagieux. Cette semaine, j’ai pu téléphoner à un collègue dont la famille toute entière était dans l’incertitude de son état de santé réel. Cela lui a fait du bien et à moi aussi, d’ailleurs, je me suis senti moins inutile.
En ce moment même, les hôpitaux accueillent de plus en plus de patients. Ayons une pensée pour eux et pour les personnes qui les soignent à leurs risques et périls. Bien plus : prenons de leurs nouvelles, aidons-les à traverser l’épreuve par le témoignage de notre sollicitude tout en nous protégeant.
Frères et sœurs, il est facile d’être chrétiens quand tout va bien. Eprouvons notre foi au creuset du fléau qui nous frappe en nous montrant attentif, charitable et aimant envers tous ceux qui souffrent ; les malades, bien sûr, mais aussi ceux qui s’appauvrissent ou perdent leur travail.
Parfois une parole, un geste, un regard suffit et l’autre se sent un peu moins accablé, un peu moins seul. Que Dieu nous donne la force d’être de vrais témoins du Christ en ces temps troublés. Pour nous-même et pour notre prochain.
Amen.

  • Prière d’intercession :

Seigneur notre Dieu, tu as permis que nous puissions intercéder auprès de toi, et beaucoup d’êtres humains attendent que nous les confiions à toi.
Aujourd’hui nous te prions particulièrement pour que l’épidémie du coronavirus soit maîtrisée le plus rapidement possible, que tu rendes la santé aux personnes les plus touchées et la paix aux endroits où elle s’est propagée.
Accueille les personnes décédées de cette maladie, réconforte leurs familles. Aide et protège le personnel de santé qui la combat, et inspire et bénisse ceux qui travaillent pour la contrôler. Permets-nous de nous souvenir de nos grands anciens, qui tel Albert Schweitzer combattait déjà l’épidémie de dysenterie qui sévissait dans son hôpital à Lambaréné après bien des erreurs et des tâtonnements. Seigneur Jésus, frère de nos âmes et de nos corps, nous nous sentons impuissants, dans cette situation nouvelle qui nous fait peur et nous déroute, mais nous avons confiance en toi.
Donne-nous ta paix, ta force intérieure et suffisamment d’attention aux autres pour ne pas penser qu’à nous-même, conduit nous avec ton amour.

  • Notre Père :

Notre Père qui est aux cieux,
Que ton nom soit sanctifié.
Que ton règne vienne.
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation,
Mais délivre-nous du mal.
Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire, au siècle des siècles.
Amen